Montebourg et la misogynie #MadeinRance dans Envoyé Spécial

Très bon billet de Marie Donzel repris du blog sur France TV Ladies & Gentlemen, l’égalité des sexes au coeur de l’actualité : un exemple parfait de traitement de l’information biaisé,  en même qu’un formidable leçon de ce qui ne devrait plus être toléré sur nos écrans : troisième personne + qualificatif diminuant = un parfait concentré de condescendance ! Appréciez :

Montebourg et « la petite » (journaliste d’Envoyé Spécial) : un monument de misogynie made in rance.

C’était hier soir, dans Envoyé Spécial. Un portrait. Une enquête pour cerner « qui est vraiment Arnaud Montebourg« .

Alors qui est-ce, « l’homme qui a provoqué un coup de tonnerre politique« , « l’enfant terrible du PS« , celui qui « a fait de l’insolence une posture politique« , l’homme « au verbe haut » et « aux déclarations fracassantes« , le « provocateur » qui ne se laisse intimider par personne, ni le Président ni les médias, et qu’une partie de la gauche tient pour le rebelle salutaire et le symbole d’une intégrité nécessaire face aux dérives néo-libérales de l’air du temps (et de son parti, accessoirement) et face au prétendu système médiatique qui ne fait rien qu’à soutenir toujours les mêmes et à piéger ceux qui grattent où ça fait mal.

montebourgAu début du reportage, on voit l’ami Montebourg entouré des « jeunes énarques » (des hommes pour la plupart) qui composent son cabinet, puis dans la navette fluviale de Bercy parler de sa « passion » pour la chose publique et ensuite dans le train qui le conduit de Paris à son fief, en Saône et Loire, dérouler la story bien huilée d’une biographie ponctuée d’indispensables flatteries pour son électorat (je suis issu de la classe moyenne provinciale valeureuse, j’ai raté l’ENA et c’est-pas-plus-mal, je suis proche des gens et j’ai les mêmes tracas quotidiens – où j’ai garé ma Peugeot, déjà?, elles poussent bien, mes pivoines? -, je suis un patriote anti-mondialisation « populaire » mais pas « populiste« )…

Quand la discussion en vient à ses relations avec François Hollande, Montebourg est d’abord fier (de l’avoir fait élire, d’être le seul à lui parler de façon directe et plus généralement à dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas). Mais la journaliste Delphine Prunault qui l’interviewe ne laisse pas le communiquant dérouler tout seul son communiqué ; au lieu de ça, quelle audace, elle fait son boulot, demande à ce qu’on « se parle franchement » puisqu’on est là pour ça… Quitte à poser des questions « désagréables« . Alors, Montebourg, qui disait précédemment dans le documentaire préférer qu’on se parle « les yeux dans les yeux » détourne justement son regard de son interlocutrice pour s’adresser, dans la quête d’une approbation complice, à l’homme qui les filme…  Et lui lance : « Elle est tout le temps comme ça, la petite?« .

 

 

« La petite« , donc. En voilà une façon bien rebelle, parfaitement progressiste et tellement originale de parler d’une femme dans l’exercice de son travail, comme si d’ailleurs, elle n’était pas en présence et qu’on pouvait donc en parler à la troisième personne. « La petite« , vous savez, celle qui nous fait gentiment le café, la môme qu’elle est mignonne comme tout mais ne sera jamais assez expérimentée pour être crédible, la choupette qui sait généralement rester à sa place… Mais qui, parfois, se sent plus et en fait trop, forcément trop, se mêle de ce qui la regarde pas, irritante mouche du coche qui se permet d’interpeller sans ambages, « les yeux dans les yeux« . Ca doit être ses humeurs qui font ça? Ou bien, c’est constitutif, elle a un caractère de chieuse? « Elle est tout le temps comme ça?« . Le sous-entendu au collaborateur : vous devez pas vous marrer tous les jours avec cette emmerdeuse, entre nous (!) elle est casse-couille, vous pouvez me le dire…

Patatras ! Le rebelle socio-progressiste, l’insolent qui tient un langage autre que celui de la pensée unique, le frondeur vent debout contre les injustices et inégalités, le défenseur du respect des humains face aux entre-sois de légitimité et aux systèmes de privilèges, s’exprime comme une caricature de petit patron des années 1950, de ceux qui donnent du « mon petit » à leur entourage féminin et font de la condescendance à son endroit, pour ne pas dire de la misogynie rance caractérisée, un marqueur du franc-parler bien burné. C’est dommage, on y aurait presque cru, à Montebourg le véritable acteur du changement dont la France s’est tristement privée…

 

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