[Invisibilisation] Colette, le film : l’affranchissement de « Claudine »

Comment Sidonie-Gabrielle l’invisibilisée est-elle devenue Colette, l’écrivaine de talent mondialement reconnue ?

Georgette était invitée à l’avant première du film de Wash Westmoreland (réalisateur notamment de Still Alice en 2015) qui couvre les 13 années de vie commune de l’autrice et de Henry Gauthier-Villars alias Willy sous la Belle Epoque,  avec Keira Knightley et Dominic West.

La jeune Bourguignonne, qui aime passionnément son mari – et sait le lui écrire, monte à Paris lors de son mariage. Introduite dans les cercles littéraires de la capitale elle prend vite, et volontairement, place dans l’ « entreprise littéraire » de Willy qui fait travailler plusieurs nègres littéraires.  Elle écrit les « Claudine » sous le nom de son mari, livres qui affolent la France entière. Mais la fortune et la reconnaissance sont pour Willy, qui l’exploite jusqu’à la séquestration et prend toute la place, du moins tant qu’elle accepte son emprise…

L’émancipation littéraire va de pair avec la libération sexuelle : consciente des infidélités de son époux sans s’en émouvoir vraiment, elle va découvrir le plaisir et l’amour lesbien. Ils deviendront un couple très libéré pour l’époque (1892-1905).  On s’étonne de sa passivité : elle semble heureuse de voir son mari égocentrique s’épanouir, ne revendique rien et lui pardonne toujours, meme si on sent et espère que l’évolution, qui se retrouve jusque dans les aspects physiques de l’actrice et de l’acteur va apporter la révolution…

A mesure que la passion s’efface au profit de la tendresse,  et qu’elle découvre le véritable amour avec Missy, la marquise de Morny qu’elle appelle « lui » et que Willy appelle « elle », l’assurance et l’idée de l’indépendance feront leur chemin. L’explosion finale est libératrice aussi bien pour Colette que pour la salle.

Actrices et les acteurs jouent juste, l’atmosphère de l’époque est très bien rendue dans les décors comme les costumes. Le réalisateur lui-même nous a concédé cependant qu’un détail sautera peut-être aux yeux de l’audience: on parle anglais dans ce film.  Qu’il se rassure cela n’enlève rien à sa qualité !

Colette, en salles le 16 janvier 2019

Samuel GENDRE pour l’entreprise littéraire Georgette SAND 😉

 

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